Beaucoup de gays sont un jour tombés amoureux d’un hétéro… et beaucoup ont encore du mal à s’en remettre. S’amouracher d’un garçon qui n’a pas la même sexualité que nous est-il définitivement toxique ?

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De l’amitié à l’amour : quand tout devient flou

 

Comme bien des garçons, Samuel est tombé fou amoureux de son meilleur ami pendant l’adolescence. Il se souvient comment tout a commencé : « C’est un mec qui m’a plus dès le départ. Il était charismatique, sportif, sûr de lui, drôle. Quand j’ai commencé à traîner avec lui, je me suis senti spécial. On est rapidement devenus inséparables. On n’arrêtait pas de s’appeler, de s’envoyer des textos ou de partager des trucs sur Facebook. Au début c’était un peu comme le frère que je n’avais jamais eu. Je le voyais comme la personne la plus cool du monde. Il était toujours là pour me faire rire, pour me défendre. » L’amour avec un hétéro commence souvent par une relation amicale forte, mais la « bromance » tourne au vinaigre quand l’un des deux est gay et commence à ressentir une attirance.

 

Samuel se souvient que lorsqu’il a identifié son désir pour celui qui était son meilleur ami, il a aussi été pris d’angoisse : « Lui ne me parlait que de filles et je faisais semblant d’être pareil pour pas qu’il ne trouve ça louche. Mais le soir dans mon lit, c’est à lui que je pensais en fantasmant. J’ai essayé de savoir ce qu’il pensait des gays, il avait pas l’air à l’aise avec ça. Du coup je m’en suis voulu de le désirer, j’avais l’impression de le trahir, d’être pervers. Mon amour pour lui est devenu une sorte de secret un peu pourri, dont j’ai commencé par avoir honte et qui peu à peu s’est mis à me ronger de l’intérieur ».

 

Alors que leurs camarades de classe les chambraient sur leur côté inséparables et accumulaient les blagues hétéro-beaufs, Samuel s’est mis à se sentir vraiment mal : « Il y a eu un moment où j’avais l’impression de ne plus respirer. Il fallait que ça sorte. J’ai fait mon coming out mais sans lui dire que j’étais amoureux de lui. Je pense qu’il a compris malgré tout ». Face à cette révélation, le meilleur ami a pris ses distances, gêné : « C’était à la fois pour moi une libération et un cauchemar. J’ai senti qu’il changeait d’attitude vis à vis de moi, j’avais brisé quelque chose. Il n’osait plus parler de sexe aussi librement qu’avant. Il ne m’a pas tourné le dos, on a continué à trainer ensemble mais de moins en moins. Le pire, ça a été ce silence. On a jamais vraiment réussi à s’en parler ».

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Hétéros troublés et signes contradictoires

 

Beaucoup d’hétéros ont du mal à composer avec le coming out de leur meilleur ami, surtout quand ils ont entretenu des liens fusionnels. Car ,qu’ils l’admettent ou non, ce genre d’amitié, qui peut être dépourvue de tout désir, est toutefois souvent teintée de sentiment amoureux. Tout dépend alors du rapport de l’hétéro à sa propre identité. Troublé par ce qu’il a pu ressentir en étant si proche d’un gay, il peut se mettre à flipper, se sentir chamboulé par ses émotions. Certains refusent alors d’accepter la nature de ces sentiments et se braquent, préférant se murer dans le silence, le déni. Politique de l’autruche.

D’autres, au contraire, réfléchissent, font une sorte de travail sur eux-mêmes, s’ouvrent et peuvent s’avérer très à l’aise. Samuel se permet ainsi d’ajouter : « Je pense que je n’ai pas eu de chance. Un de mes meilleurs potes gays est toujours hyper proche de son ami d’enfance hétéro. C’est un mec qui ne se prend pas au sérieux, qui adore l’ambiance des soirées gays, qui peut faire un smack pour rigoler en soirée. Il est à l’aise, il sait qui il est et il ne ressent pas le besoin de devoir prouver et rappeler en permanence que ,non, il n’est pas PD »

 

Savoir poser des limites

 

Chacun est différent et il est assez difficile de faire des généralités sur les relations entre garçons homos et hétéro. On peut ainsi s’amouracher de son meilleur ami qui ne peut répondre à nos sentiments, d’un bel inconnu totalement inaccessible, craquer pour un hétéro sur un malentendu ou tomber dans les griffes d’un joueur aux allures de pervers narcissique (il en existe des hétéros qui aiment allumer les gays par pur égo, pour mieux les frustrer ensuite, bâtissant ainsi une relation malsaine de dominant-dominé…).

 

De tous ces cas de figure très variés, ce qui ressort c’est le besoin de sauver sa peau. On peut très bien s’accoutumer du fait qu’on a pu craquer sur un hétéro, abandonner son rêve de « consommer » un jour et essayer de revenir à un lien plus fraternel. Mais souvent les sentiments peuvent être trop persistants et dévorants, douloureux et donc dangereux, flirtant tristement avec l’autodestruction. On tombe tous un jour amoureux « de la mauvaise personne ». Il suffit juste de savoir dire stop, parvenir à prendre ses distances quand rêve de romance finit par rimer irrémédiablement avec souffrance. Ne jamais oublier que l’amour est censé nous élever et non nous rabaisser…

 

Et toi, es-tu déjà tombé amoureux d’un hétéro ? N’hésite pas à partager ton expérience dans les commentaires !