homo effemine

Jeremy a 24 ans. Il est plutôt petit, look minet. Il plait sur les sites de rencontres, du moins jusqu’à un certain point… « Je reçois pas mal de messages sur les sites. Les mecs me disent qu’ils me trouvent mignon. Tant qu’on reste dans l’échange de photos et la conversation par écrit ça va ». Le problème survient quand le courant passe, que les échanges de numéros se font ou que la rencontre a lieu. « J’ai toujours été assez efféminé. C’est quelque chose dont je suis conscient. Difficile de pas le savoir parce que déjà quand j’étais petit je me faisais taper dessus ou on se moquait de moi en me faisant remarquer que je n’étais pas comme les autres, une tapette ». Plus jeune, Jeremy a eu beaucoup de mal à assumer cette part plus efféminée que « la normale » chez lui. « On m’a tellement fait sentir que j’étais différent, que ma façon d’être n’était pas normale. A un certain point j’avais vraiment honte. Honte de moi, honte pour mes parents, mes amis : j’avais l’impression d’être un boulet ».

 

Pendant des années, Jeremy a essayé de « se contrôler », de changer sa façon de bouger, de s’exprimer. « Au bout d’un moment j’ai saisi le ridicule de la situation et je me suis dit : fuck ! Je n’y peux rien si j’ai une voix plus aigüe que la moyenne, si je bouge naturellement d’une certaine façon, si je fais tapette quand je rigole ou que je crie. J’en ai beaucoup souffert et un jour je me suis dit qu’il fallait que je m’assume, que je sois fier, que si les gens n’étaient pas contents tant pis pour eux ». Après avoir été victime d’homophobie, Jeremy a vécu un autre calvaire quand il a essayé de commencer sa vie sentimentale et sexuelle. « J’ai réalisé que les gays n’étaient pas plus tolérants que certains hétéros beaufs et qu’ils étaient même plus fermés d’esprit pour certains ! Il m’est déjà arrivé d’être pointé du doigt en soirée, d’être traité de « femelle ».

 gay effemine

Être efféminé, un fardeau ? « Je ne vais pas en rajouter. Fardeau c’est un peu fort mais, oui, c’est difficile. Quand tu parles pour la première fois avec un mec au téléphone et que tu sens que quelque chose le gêne et que c’est ta façon d’être, ça fait mal. Quand tu rencontres un mec et qu’il t’explique que « ça le fera pas » parce que finalement tu « corresponds pas » à ses critères, c’est douloureux aussi. Par moments quand tu es efféminé tu as l’impression de pouvoir « matcher » avec personne ». Jeremy serait-il parano ? Hélas, pas vraiment. De plus en plus, on peut voir des profils de mecs qui lancent dans leur description « Pas de mecs efféminés ».

 

En interrogeant des amis sur le sujet, j’ai été surpris de constater que presque tous avouaient un peu honteusement qu’ils ne se voyaient pas coucher avec un mec « maniéré ». L’un d’entre eux m’a ainsi expliqué qu’il avait souffert de son coming out et qu’il ne voulait pas « s’afficher » avec un garçon dont l’homosexualité était trop identifiable. Un autre m’a lancé comme une évidence : « Faut se faire une raison, on rêve tous d’être avec un mec bien masculin ». J’ai aussi pu entendre à ma plus grande stupéfaction « Non mais moi je suis passif, donc du coup un mec efféminé c’est pas possible ».

 queer

Il se trouve justement que Jeremy est actif et que là aussi cela pose problème : « Je pense qu’un mec efféminé peut « choper » sans trop de mal en mode plan cul s’il est passif. Car c’est devenu une sorte de fétichisme. Plein de mecs kiffent les garçons minces et efféminés et fantasment en disant que ce sont tous des lopes. Ils refusent par contre d’imaginer qu’un mec qui n’est pas butch puisse être actif voire même dominateur. Ca les bloque. Une fois un plan cul qui n’a pas marché a osé me dire que vu comment j’étais je pourrais faire un effort et être passif ! Je crois que certains mecs ne se rendent pas compte de ce qu’ils disent, à quel point ils sont méprisants et intolérants. Desfois tu as l’impression que si tu es efféminé tu peux juste servir de soumis ou être le bon copain en mode cage aux folles. On nous met des étiquettes, on nous stigmatise en permanence. On m’a même dit une fois que j’étais pas cohérent car je m’intéressais à des mecs masculins et qu’en tant que mec efféminé si j’étais moi-même tolérant je devrais sortir avec des mecs comme moi. Ben ouais, bien sûr, on va rester entre nous comme ça on embêtera personne… ».

effemine 

Déprimé, Jeremy a fini par reprendre confiance en lui grâce à sa première relation sérieuse. « J’ai rencontré un mec sur un site et pour une fois tout s’est bien passé. Je trouvais presque ça suspect lol. Il m’a juste aimé comme j’étais, j’ai pu enfin être moi-même pendant plusieurs mois, sans me poser de questions. Je pense que je ne me suis jamais senti aussi libre de toute ma vie. Et même si ça n’a pas marché pour d’autres raisons, je ne le remercierai jamais assez, il m’a redonné de l’espoir, de l’assurance, de la force ». Après sa rupture, Jeremy est retourné draguer d’une façon un peu particulière : « Maintenant je balance très vite dans mes dials que je suis un peu efféminé. Comme ça je fais vite le ménage et je ne perds plus de temps. C’est un peu triste d’en arriver là mais au moins ça m’évite de faire des mauvaises rencontres. » Sage et apaisé, il ajoute : « Avant je n’arrêtais pas de me répéter : personne ne veut de moi, je ne trouverais jamais ! Maintenant je me répète que oui j’ai pas de bol, je suis comme je suis et les gens jugent très facilement, ce sera moins simple pour moi que pour un autre mais j’y crois, il existe bien encore des mecs biens qui ne jugent pas que sur les apparences et qui n’ont pas des choses à régler avec leur propre masculinité, car dans le fond c’est je pense là que se trouve le problème ». Bien dit ?

 

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