Quand on a 20 ans et que l’on voit une multitude de profils clamant « Pas plus de 28 ans », on zappe et on n’y fait pas trop attention. Mais quand on a la quarantaine et que l’on voit ce genre de phrases se multiplier, on peut se sentir logiquement légèrement abattu. La drague gay passée la quarantaine est-elle un calvaire ?

 

Des nouvelles générations de plus en plus impitoyables

 

François a 42 ans, c’est un homme charmant mais sur Internet, il « rame ». Il nous explique : « Autant quand je sors dans un bar gay je peux facilement draguer et repartir avec un garçon, autant en ligne ça devient de plus en plus compliqué. On ose même plus parler à certaines personnes parce que leur profil nous interdit carrément de les contacter avec des formules lapidaires. Ce qui est intéressant, c’est que ça s’est vraiment radicalisé depuis 5 ans j’ai l’impression. Ce sont les applications qui ont généré ça. Les mecs sont persuadés de savoir ce qu’ils veulent et ne se gênent pas pour disqualifier sans même une ligne de dialogue ceux qui sont trop âgés, pas assez sportifs ou, même pire, ceux de couleurs différentes ».

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On est tous en droit d’avoir un « type de mec », d’avoir nos préférences, mais clamer haut et fort qu’on refuse tout contact avec certaines personnes nous laisse perplexes. Comme François le souligne : « Si je drague plus facilement dans les bars, c’est parce que dans la réalité, heureusement, on se laisse encore surprendre. Je suis sorti il n’y a pas longtemps avec un garçon qui avait 10 ans de moins que moi et il me disait être étonné d’être attiré par moi, lui qui ne se voyait pas être avec un quadra. Il suffit d’une rencontre, d’une alchimie, pour casser les préjugés. Toutes ces applications nous enferment, nous privent de belles surprises ».

 

Si « chasser » dans les établissements gays se révèle plus efficace pour François, il ne s’est toutefois pas complètement coupé du monde virtuel. « Moi je privilégie surtout les sites de rencontres. Sur ces espaces, contrairement aux applis les plus populaires, on prend encore le temps de se parler, d’avoir de vrais échanges. C’est d’ailleurs le cas sur un site comme Nethomo. On a un peu perdu le goût de la conversation côté virtuel, tout le monde veut aller trop vite, envoie des photos dénudées au bout de 2 mn. Je trouve ça un peu triste, on ne laisse plus de mystère, on ne prend plus le temps de se découvrir. Je ne voudrais pas passer pour un vieux con mais j’ai parfois vraiment la sensation que la jeune génération consomme en permanence. Elle consomme des plans culs à la chaîne, elle consomme même ses relations, en rencontrant et en jetant à la poubelle son copain à la première dispute ».

 

Le jeunisme a la dent dure

 

La jeunesse a toujours fait vendre, rêver, fantasmer. Ca ne date pas d’hier et ça n’a pas changé. Il est rarissime de trouver un homme de plus de 40 ans en couverture d’un magazine gay. Sur les sites et blogs homos, il n’y en a que pour les 18-35 ans, forcément sportifs. Cette représentation ultra sexy et restreinte donne le vertige quand on a le malheur d’avoir dépassé la quarantaine. « Je ne vais mentir : moi aussi j’aime bien regarder tous ces beaux éphèbes qu’on nous montre et nous exhibe partout. Mais il y a un moment où je me sens exclu, où j’ai l’impression de ne plus trop savoir où est ma place. Je ne me sens pas représenté, j’ai l’impression d’être un homme de l’ombre, que je ne suis pas digne de visibilité » ajoute François.

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L’attrait de la jeunesse est un problème aussi… à cause des goûts des quadras. François observe : « Je me rends compte que la plupart des mecs de mon âge qui me plaisent ne sont pas intéressés par moi car ils me trouvent trop vieux ! Ils ne fantasment que sur les jeunes mecs. Certains de mes amis passent leur semaine et leur week end au sport pour être bien foutu et coller à l’image de l’homme bien entretenu, sexy, jouant les protecteurs pour minet. On se rejette même entre nous. Moi je ne demande qu’à sortir avec un homme de 45 ans, mais j’ai l’impression de ne pas les intéresser. Alors, comme un paradoxe, je me retrouve moi-même à avoir des relations avec des partenaires plus jeunes ».

 

40 ans et passif : plus dure la vie ?

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Mais le plus grand drame de François, selon lui, c’est de ne pas parvenir à être actif. « Les hommes de mon âge veulent des jeunes passifs, les plus jeunes que moi veulent des hommes actifs. C’est un peu le serpent qui se mord la queue. L’une de mes dernières relations sexuelles était un véritable désastre, on n’a même pas été jusqu’au bout.  Le garçon était plus jeune et il a débandé pendant la sodomie en me disant que ça lui faisait trop bizarre de prendre un mec plus âgé que lui, que ça ne lui paraissait pas naturel. Je me demande si tout ça ne vient pas des films, de la pornographie. C’est comme si on nous imposait une imagerie de comment être, comment vivre notre sexualité. J’aimerais bien que ça change, qu’on montre des schémas différents, qu’on laisse un peu à nouveau notre imagination fonctionner ».

 

Malgré tout cela, François ne perd pas espoir : « Il suffit d’une belle rencontre et tous ces nuls qui vous bloquent ou qui ne veulent plus vous parler n’auront plus d’importance. Je pense que c’est difficile de draguer quand on a plus de 40 ans mais rien n’est impossible. Il y a forcément une bonne personne qui nous attend quelque part ».