On parle de milieu gay, de communauté gay, de culture gay. Mais il y a de plus en plus de garçons qui veulent s’affranchir de tout ça. Être gay en 2016, une identité ou une simple donnée ?

 

Stéphane, la trentaine, vit à Paris. Et il ne va quasiment jamais dans le Marais : « Ca ne m’a jamais intéressé. J’ai fait mon coming out car j’étais tombé amoureux d’un garçon. Ca n’a choqué personne, ça s’est bien passé. On a eu une relation normale pendant 6 ans : on voyait nos amis, hétéros, on faisait des diners, on allait au ciné… Quand je tombe sur des sites spécialisés « gays », je ne comprends pas trop le délire. Je ne me suis jamais retrouvé dans des magazines comme Têtu. Je suis gay, je suis attiré par les mecs, ça ne veut pas dire que je dois consommer gay, voir des films avec des gays, sortir dans des bars où il n’y a que des gays. Je préfère les boites et bars hétéros, surtout à Paris : le peu de bars gays où je suis allé avaient une musique à chier ! (rires) Je ne vois pas pourquoi je devrais changer mon quotidien parce que la personne qui partage ma vie a le même sexe que moi »

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Quand on évoque avec lui la marche des fiertés, l’importance d’être solidaire pour l’égalité des droits, Stéphane concède : « Oui, c’est important. Je n’ai pas manifesté pour le mariage mais je suis reconnaissant vis à vis de ceux qui l’ont fait. Après je pense qu’il faut faire la part des choses. Je trouve ça triste les mecs qui ne vivent qu’à travers le fait qu’ils soient gays. J’ai déjà croisé des mecs qui ne pouvaient sortir que dans des boites où il n’y avait que des garçons, qui partaient en « vacances gays »… Moi je fais ma vie, je ne me sens pas différent de mes potes hétéros. Je n’ai pas l’impression que le fait d’aimer quelqu’un du même sexe m’amène à vivre différemment mes histoires d’amour. Je ne fais pas trop de plans, c’est pas vraiment mon truc. Je n’aime pas cette image du mec homo qui est forcément obsédé du cul, pas fidèle et qui veut toujours faire la fête. C’est un cliché dans lequel trop de personnes s’engouffrent ».

 

Moins tranché sur la question, Jérôme a eu sa période « milieu » : « Ca fait du bien quand tu es un jeune gay de sortir dans ce type d’endroit, de te rattacher à des icônes. Tu croises des gens, tu te fais des potes, tu peux parler plus librement de sexe. Mais perso je suis vite arrivé à saturation. C’est toujours la même chose, toujours les mêmes histoires qui portent en dessous de la ceinture, des petites guerres d’égos. Quand tu sors beaucoup, tu te rends compte que les pires clichés sont vrais. Les commérages, les rivalités derrière les sourires de façade, la comparaison permanente : c’est usant ! J’ai peut-être rencontré les mauvaises personnes mais je garde un souvenir très superficiel des soirées gays où j’allais. J’ai eu besoin de sortir de tout ça. Je ressentais un truc malsain. Aujourd’hui je me vois comme plutôt « hors milieu ».  J’existe par moi-même, à travers mon boulot, mes passions. je suis gay, c’est une préférence sexuelle et c’est tout. Et je n’ai pas envie de sortir avec un mec qui baigne trop dans ce monde-là : ça va quand tu as 20 ans mais sortir tous les week end dans des clubs où c’est le concours du torse sculpté à la gym, c’est juste fatigant ».

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Stéphane surenchérit : « Je pense que tout ce truc de milieu gay, c’est encore un truc pour abuser de la vulnérabilité des gens et leur faire cracher du pognon. Ca n’a aucun intérêt de « consommer gay », de « sortir gay » : pourquoi est-ce qu’on devrait être seulement « entre nous » ? Je n’aime pas le côté ghetto. Je n’aime pas dire que j’ai une différence. Je ne me vois pas comme ça ».

 

D’après Jérôme, l’homosexualité en 2016 se vit différemment : « Pour ceux qui sont acceptés par leurs proches, je pense qu’on n’a plus besoin de se rattacher à ce truc de communauté. Bien sûr quand il y a un massacre comme à Orlando, ça me touche plus qu’une autre tragédie. Mais je suis sensible à tout le reste aussi. Je ne suis pas centré sur mon homosexualité, je veux m’ouvrir, regarder plus loin que mon nombril. Quand je rencontre des mecs et que je leur explique ça, je m’entends dire que je suis égoïste, que je ne pense pas à ceux qui ont besoin d’avoir ce milieu gay comme repère. Je pense que c’est chacun sa vie, son histoire, son itinéraire. On ne peut pas reprocher à quelqu’un de vouloir mener une vie «lambda » ».

 

Et vous, que pensez-vous de tout ça ?