Ca avait pourtant bien commencé. Yves, la petite trentaine, avait rencontré son copain lors d’une soirée. Séduction, attraction : ils ont fini par s’embrasser tout en poursuivant de longues conversations. Et puis ils ont décidé de dormir ensemble. Forcément, l’envie d’aller plus loin était là et ils n’ont pas résisté. C’est là que Paul a légèrement déchanté…

 

Le garçon charmant qui lui avait tant plu en début de soirée s’est mis à « le baiser ». Les galoches sensuelles ont laissé place à des coups de langue vulgaires. Son partenaire a commencé à le dominer sans lui demander son avis, le poussant à le gratifier d’une gâterie « en fond de gorge », jusqu’à lui mouiller les yeux. Quand il l’a pris, il y est allé fort, un peu trop. Les fesses claquées, un « t’aimes ça ? » tout droit sorti d’un film porno. L’actif a joui, Yves est resté, un peu tremblant, sonné.

 gay intime violent

« Comme tout le monde j’ai un jour fantasmé un peu en imaginant une situation avec un jeu de domination-soumission. Mais je voyais ça plutôt comme un plan cul, pas un premier rapport sexuel entre deux mecs qui se plaisent. Je n’ai pas osé l’arrêter et je me suis laissé faire. Je ne voulais pas casser l’ambiance. Ce n’était pas un viol non plus mais ça m’a un peu refroidi d’être traité comme un bout de viande. Le plus déstabilisant a été que juste après, il est redevenu lui-même : doux, très câlin ».

 

Yves attendra le deuxième rendez-vous pour évoquer « la question qui fâche ». Il en avait parlé au préalable à des amis qui s’étaient un peu moqué de lui. « On m’a dit que j’étais trop prude, que je faisais une histoire de pas grand chose. Mais moi quand j’aime bien un garçon, j’ai envie qu’il me fasse l’amour, pas qu’il me traite de « pute » ». Abordant maladroitement le sujet avec son partenaire, Yves ressent un certain soulagement. « Il m’a dit que j’aurais dû lui faire part de ma gêne pendant, qu’il pouvait aussi être plus tendre. On a réessayé de coucher ensemble de façon plus « soft » mais il n’était hélas pas très investi. Il a débandé, m’a dit qu’il ne savait pas comment s’y prendre, que pour lui ce qui était excitant c’était de baiser, pas de faire l’amour à la papa ».

 sexe gay violent

Si la situation a tant attristé notre jeune trentenaire, c’est qu’il ne s’agissait pas d’une première fois : « Je remarque que de plus en plus de gays ne savent plus faire l’amour et ne pensent qu’à baiser. Une fois de temps en temps ça peut être fun, mais tout le temps c’est épuisant, pas romantique, pas très épanouissant… ni très bon pour l’égo d’ailleurs. Est-ce que les garçons cherchent à agir comme des porn stars ? Peut-être… Je crois surtout que la banalisation des plans culs nous rend tous un peu trop bestiaux. On veut tout faire vite, on se défoule à travers le sexe, et on oublie que prendre son temps c’est bien aussi, qu’en étant doux et sensuel, on peut prendre bien plus de plaisir qu’avec un rapport de force ou des insultes ».

 gay intime violent

Malgré plusieurs déconvenues, Yves ne désespère pas. Aujourd’hui on ne l’y reprendra pas : « Je pense que face à un mec trop agressif au lit, il faut tout de suite exprimer un bémol si on attend autre chose, un rapport plus intime et sentimental. Il faut en parler, le plus tôt possible. Si la personne en face est un mec bien, il comprendra. Reste à voir s’il peut se défaire de ses habitudes, de sa façon un peu compulsive de percevoir les rapports sexuels. J’ai l’impression que beaucoup de mecs ont oublié et ne savent même plus ce que veut dire faire l’amour. En anglais on parle de « Vanilla sex » pour des rapports plus délicats, sans brutalité. Moi j’aime le sexe vanille et je suis persuadé que beaucoup de gays finiront par y venir ou y revenir. Car il y a là, je trouve, une forme d’authenticité. Cela laisse la porte ouverte à la complicité, au second degré. On tourne pas une scène de cul, on essaie de se découvrir et de se donner du plaisir, en partageant ».

 

Peace and love ?