Dimitri (23 ans), Benjamin (28 ans) et Ludovic (32 ans) ont en commun d’être gay et d’avoir décidé de rester célibataire pour un moment… ou pour la vie. A leurs yeux, le couple est une prison dans laquelle ils n’ont pas ou plus envie de s’enfermer. Un syndrome générationnel ?

 

Celui qui n’avait jamais connu l’amour

 

Dimitri n’a pas honte de le dire : « Je ne pense pas avoir vécu une histoire d’amour avec un garçon… et je ne m’en porte pas plus mal ! Ca changera peut-être avec le temps, mais à ce stade de ma vie, la vie à deux ne me fait pas du tout rêver. Je ne connais pas un couple autour de moi, hétéro ou homo, qui m’apparaît comme réellement épanoui. La majorité de mes amis casés passent leur temps à me confier leurs infidélités ou leur frustration. Ils regrettent souvent de ne plus être célibataires, de ne plus profiter de la vie mais n’osent pas rompre.  J’ai l’impression qu’aujourd’hui on est tous un peu déglingués : beaucoup ont envie de croire à une histoire d’amour comme dans les films et déchantent quand ils vivent la chose dans la réalité. Je ne crois pas en la fidélité et en même temps je suis quelqu’un de jaloux. C’est comme s’il n’y avait pas de modèle pour moi. Quand je commence à sortir avec un mec, j’ai toujours un peu cette illusion que la passion va l’emporter. Mais la passion retombe et, désolé d’être cru, mais je me fais juste chier. Je m’amuse bien plus en sortant le week end avec mes amis, en rencontrant pleins de nouvelles personnes en soirée. J’assume : j’aime les plans culs, les histoires qui ne durent que le temps d’une ou deux nuits. J’adore découvrir de nouveaux garçons et de nouveaux univers ».

 

Mais ne se sent-on pas un peu seul au bout d’un moment ? Dimitri fait à son sens la part des choses : « Bien sûr, comme tout le monde, je traverse des phases où j’ai envie d’un câlin ou qu’on me dise qu’on m’aime. Mais mes amis sont là pour ça. Ils m’apportent l’affection et le soutien dont j’ai besoin. Et ils sont bien plus fiables qu’un hypothétique petit ami ».

 

Celui qui n’est pas resté ami avec ses exs

 non merci

Benjamin est tombé amoureux 3 fois. Et avec aucun de ses exs il n’est parvenu à rester bon copain. Au point de relativiser l’importance du sentiment et des relations amoureuses : « La première fois que j’ai rompu et que mon ex m’a fait comprendre qu’il ne voulait plus me revoir, je me suis dit qu’avec le temps ça passerait. Mais non. Les deux autres ruptures qui ont suivi ont été similaires et je dois dire que ça m’a vraiment dégoûté du couple ! A quoi bon passer des années avec un garçon, faire tout un tas de concessions voire de sacrifices si c’est pour au final, une fois qu’on se sépare, ne plus jamais s’adresser la parole ou devenir amis ? C’est comme effacer tout ce qu’il s’est passé, comme si ça n’avait plus aucune valeur. Du coup, même si c’est triste à dire, j’ai l’impression que ça ne vaut pas le coup d’être en couple, c’est du temps perdu. Certes, on se construit quand on évolue aux côtés de quelqu’un,  un partenaire nous apporte des choses… Mais en arriver au constat qu’après 2 ans ensemble, celui avec qui tu as tant partagé n’est plus qu’un souvenir, c’est moche. Plus le temps passe, plus je me rends compte que l’amitié est bien plus essentielle que l’amour. Ce sont des relations qui durent, qui ne sont pas faussées par le désir, où on ose être soi-même, où on ne se lasse pas ».

 

Celui qui n’a pas aimé la chute

 relation gay non

Ludovic y a cru ou au moins a voulu y croire : « Je suis resté 6 ans en couple. Le début était un feu d’artifices (rires). J’ai vraiment pensé avoir trouvé l’homme de ma vie, je me voyais vieillir à ses côtés, me marier, adopter… Et puis, à partir de la 3ème année, il y a eu les premiers signes. Le désir était moins fort, on ne couchait plus qu’une fois par semaine maximum. On a réfléchi à ouvrir notre couple, à faire des plans à 3, mais on était trop jaloux. La vie en commun m’a beaucoup déçu : on se jurait qu’on ne tomberait jamais dans la routine mais on y est tombés et pas qu’à moitié. On n’avait plus envie de sortir, on se faisait des diners au restaurant le week end, on rabâchait les mêmes soucis en parlant du boulot… J’aimais notre complicité et je ne voulais pas voir la vérité en face : ça s’essoufflait, et , comme c’est le cas dans beaucoup de couples, on prétendait être heureux alors qu’on ne l’était plus vraiment.

 

Quand on est dans une relation, on dit toujours que tout va bien alors que souvent pleins de choses vont mal. Parce qu’on a envie de faire croire aux autres et à soi-même qu’on est heureux. Parce qu’on est content de ne pas être seul pour les fêtes de fin d’année. Parce que quoi qu’on en dise, on a toujours l’air d’avoir mieux réussi dans la vie quand on est maqué. Mais c’est de l’hypocrisie : derrière chaque relation je pense qu’il y a d’énormes failles, de problèmes auxquels on n’a pas envie de se confronter. Certaines personnes gèrent très bien la réalité de l’amour, le fait que la passion disparaisse pour laisser place à une construction plus « pépère. Moi j’ai du mal, en fin de course je me sentais juste éteint.

 

C’est quand je suis redevenu célibataire que j’ai compris que je préférais être seul. Aujourd’hui je peux être ultra disponible pour mes amis, je peux faire les voyages que je veux, choisir si mon week end sera sous le signe de la fête ou de la débauche ou si ce sera pizza et séries. Si je ne cherche pas à me caser à nouveau, c’est sans doute par peur que le même schéma se reproduise : je n’aime pas voir les choses dégringoler. Je préfère consacrer mon temps à ma famille ou à mes potes. Quoi qu’il arrive, ils seront toujours là. Je trouve qu’on sacralise trop l’amour, on lui donne trop d’importance. Il faut toujours se méfier des relations ou notre entrejambe est directement impliquée (rires) ».

 

Et vous, pensez-vous que l’amour est surcoté ? Faut-il vraiment être deux pour être heureux ?